Autisme et TSA : le poids des mots, le sens des diagnostics

Apparu en 2013 dans la cinquième édition du DSM (Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux), le terme TSA (Troubles du spectre autistique) englobe désormais ce qui, dans les précédentes classifications (DSM-IV, CIM-10, CFTMEA), était distingué : autisme infantile, autisme atypique, syndrome d’Asperger, TED (trouble envahissant du développement), psychoses infantiles, dysharmonies évolutives… En réunissant sous une même bannière toutes ces entités, le TSA élargit les contours du diagnostic, au point, parfois, de les rendre flous. Où commence le trouble ? Où s’arrête-t-il ? Que désigne-t-on exactement par TSA ? Quid de la structure psychique ?

Pour le clinicien, la précision diagnostique reste pourtant essentielle. C’est elle qui oriente la prise en charge, qui trace une direction dans le travail thérapeutique. La réduction de l’autisme à une catégorie générique trouble, aussi pratique soit-elle pour les classifications, interroge sur ce qu’on perd en subtilité, en singularité, en compréhension de l’individu.

Plus encore, l’usage des mots évolue. On parle aujourd’hui d’une personne « autistique » plutôt que d’un « autisme ». Ce glissement sémantique — d’un nom à un adjectif — vide en partie le terme de son essence. L’autisme devient une manière d’être, un style, une couleur… mais est-ce suffisant pour rendre compte de la réalité vécue ? Cette reformulation, bien que peut-être plus acceptable politiquement et socialement soulève des questions sur la place du sujet, de son être psychique, de sa construction.

Car parallèlement, le mot trouble s’est imposé. Selon Le Robert, un trouble est une « modification pathologique des activités de l’organisme ou du comportement de l’être vivant ». Le vivant, ici, est entendu dans son sens biologique. La dimension psychique, essentielle dans le développement de l’enfant, semble disparaître dans cette conception strictement médicale.

Un enfant, pourtant, ce n’est pas qu’un ensemble de comportements à corriger ou un organisme à rééduquer. C’est un être en devenir, avec une vie intérieure, un caractère, une subjectivité, une histoire. Réduire l’autisme à un trouble du comportement ou à une défaillance biologique, c’est risquer de nier l’identité profonde de l’enfant.

Derrière ces choix de mots — spectre, trouble, autistique — se jouent donc des enjeux cliniques, sociaux et humains. Ces « tours de magie linguistiques » nous aident-ils réellement à mieux comprendre ? À mieux accompagner ? Ou bien masquent-ils une difficulté à accueillir pleinement la différence, à entendre ce qui, dans l’autisme, échappe à toute classification ?

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